Alimou Sow, A la croisée d’une passion et d’un parcours inédit

« Croyez-moi c’est un vrai génie ce Alimou Sow. J’ai beaucoup de plaisir à le lire parce que, quand je le lis, j‘ai l’impression d’apprendre la satire pour la première fois. Franchement c’est une fierté. Je demande aux jeunes Guinéens d’être comme Alimou Sow… »

C’est en ces termes laudateurs qu’Oscar Ben Barry célèbre caricaturiste du journal satirique le lynx parle de Alimou.

Découvrez dans cet entretien le parcours de ce jeune blogueur guinéen.

Alimou Sow le blogueur est connu presque de tous, mais en réalité qui est-il en dehors de son blog et de sa plume?

Je suis un citoyen guinéen né à Télimélé où j’ai grandi en partie, je suis en ce moment marié et père d’un petit garçon de 2 ans.


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La Famille Sow. Crédit photo: Alimou Sow via son profil Facebook

Vous êtes un pur produit de l’école guinéenne, chose qui étonne plus d’un d’ailleurs, parlez-nous de votre parcours scolaire

Mon parcours scolaire a commencé au début de la décennie « 90 » dans la sous-préfecture de Brouwal, préfecture de Télimélé à l’école primaire de Kansanyi où nous avons été inscrits à l’époque en faveur d’un programme quinquennal mis en place par un cadre ressortissant de la sous-préfecture, en collaboration avec l’ONG 《Aide et Action》.

Le parcours commence là dans une salle de classe atypique, un magasin désaffecté dans lequel on entreposait des produits agricoles pendant la période de la révolution qu’ils ont « réhabilité » pour servir de salle de classe.

(…) Un magasin désaffecté dans lequel on entreposait des produits agricoles pendant la période de la révolution qu’ils ont « réhabilité» pour servir de salle de classe

Mon Certificat d’Etudes Primaires en poche, j’ai transféré à Conakry chez un oncle qui m’a inscrit au Collège Sangoyah. C’est là que j’ai obtenu le Brevet en 2000, ce qui m’a permis d’accéder au Lycée (Lycée Yimbayah, Profil Sciences Sociales)

Après avoir décrocher les deux Bacs (1 et 2) ainsi que le concours d’accès aux institutions d’enseignements Supérieurs, on m’a orienté à l’Université de Labé.

Il faut rappeler que le centre Universitaire de Labé a été créer en 2001 pour désengorger l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry qui était arriver à saturation, mais c’était vraiment une création sur le papier parce qu’il n’y’avais presque rien sur le terrain. Il y’avait juste 2 bâtiments de 3 salles de classe chacun qui servaient d’Université.

Donc j’ai fait Anglais bureautique à l’université jusqu’en 2ème année, et en 3ème on nous a orienté en Administration générale dont je suis sorti diplômé en 2007-2008.                  Voilà de façon sommaire mon parcours scolaire et universitaire.

Ce n’est presque un secret pour personne, vous êtes un mordu des NTIC. Quel a été votre premier contact avec ce domaine ? et d’où vous est venu cette passion ?

Mon premier contact avec l’ordinateur, machine en tant que telle remonte en 1998.

A l’époque il n’y avait qu’un seul Cyber à Conakry qui était fréquenté par un grand frère qui était dans notre quartier. A chaque fois c’est lui qui nous parlait d’ordinateurs, de nouvelles technologies, de perspectives d’avenirs… et je pense que cela m’a quand même un peu introduit.

Mon premier contact avec l’ordinateur, machine en tant que telle remonte en 1998

Et d’ailleurs plus que ça il m’a créé mon premier email sur une plateforme qui s’appelait Caramel.

En 2004 je suis partis en vacances en Gambie et mon frère m’a mis en contact avec un ghanéen qui m’a initié à Windows.

Et c’est à partir de ces connaissances rudimentaires que j’ai pu créer moi même mon premier email sur la plateforme Yaaho.fr

En 2006 j’ai un frère qui m’a offert mon premier Ordinateur portable et c’est fut mon vrai contact avec un PC et depuis cette date j’ai toujours eu un ordinateur portable avec moi.


Comment êtes-vous venu dans le blogging ?

C’est à la faveur d’un concours lancé par Radio France Internationale en 2010 pour recruter des jeunes blogueurs francophones.

Mais avant ça j’avais déjà commencé à tester mon écriture sur Facebook. A l’époque Facebook avait une partie qu’on appelle «Article» qui existe jusqu’à présent d’ailleurs.

J’ai commencé à écrire sur Facebook des petits articles jusqu’en 2010 quand RFI à lancé le concours pour recruter des blogueurs dans les pays francophones j’ai soumissionné et j’ai été sélectionner. C’est de là j’ai lancé mon blog « Ma Guinée Plurielle »

A cause de la qualité de votre écriture (billets de blog, post Facebook), beaucoup de personnes vous admirent et prennent plaisir à vous lire, comment êtes-vous parvenu à affiner votre écriture?

Peut-être par application et par expérience parce que j’écris régulièrement et donc celui qui s’applique à une tâche fini par acquérir une certaine expérience, je ne dirai pas expertise mais en tout cas une certaine maîtrise de cette tâche. Encore que je ne suis pas parfait, moi je fais de fautes comme tout le monde.

Le français est autant une belle langue mais également une langue complexe qui contient beaucoup de règles qui font qu’il n’est pas sûr de prétendre la maîtrisée.  C’est pas un secret, Je suis un amoureux de la langue française et des mots.

Déjà à l’école ma matière préférée c’était le français, ensuite la Géographie et par ordre d’importance l’histoire etc. Donc c’est pourquoi je suis porté sur son respect, sa qualité et sur sa beauté parce qu’elle est riche en vocabulaire un peu comme le Poular ou vous pouvez désigner une seule idée, un seul objet par plusieurs mots ; c’est une langue qui est particulièrement riche avec de belles sonorités.                      J’ai donc voulu respecter ses codes d’écritures, l’orthographe, le vocabulaire, la grammaire, la syntaxe… et ça depuis toujours.

Je suis un amoureux de la langue française et des mots.

Certains pensent que votre livre de chevet c’est le dictionnaire, qu’en est-il en réalité ?

Rires😂. Oh non pas du tout. J’aime bien le dictionnaire parce que pour moi c’est le résumé de tous les livres vu que les mots qu’on utilisent pour écrire s’y trouvent.

Mais paradoxalement je n’ai presque jamais possédé de dictionnaire. J’en ai eu un quand j’étais au lycée que j’ai fini par revendre au bout de 3 semaines pour subvenir à certains de mes besoins parce que les conditions étaient difficiles.

Du coup jusqu’au moment où je vous parles, je n’ai pas de dictionnaire papier acheter par moi-même par contre j’ai le Larousse installé sur mon ordinateur que je consulte de temps en temps.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous êtes confrontés dans votre parcours de blogueur?

Peu de difficultés sauf évidemment l’accès à internet et le manque d’électricité. C’est vrai que maintenant presque tout le monde à la 3G en tout cas dans les grandes villes mais il n’en a pas toujours été ainsi parce que je me souviens qu’en 2010 par exemple il fallait monter en hauteur soit sur un étage ou sur un arbre pour capter le bon réseau ne serait-ce que pour envoyer une photo illustrant un article.

 Jusqu’à très récemment on a eu de très sérieux problème de courant électrique chez nous en Guinée et pourtant qui dit internet et ordinateur dit forcement électricité.

Voilà concrètement les deux principales difficultés auxquelles j’ai été confronter dans le cadre du blogging sinon le reste c’était un plaisir parce que ce n’était pas des articles imposés, c’est un choix personnel porté sur chaque article donc je réfléchis sur un sujet, une idée ou une thématique et je l’écris comme je l’entends sans pression; ni contraintes. Donc c’est fut un total plaisir durant toutes ces années et jusque maintenant d’ailleurs.

Je me souviens par exemple en 2010 qu’il fallait monter en hauteur soit sur un étage ou sur un arbre pour capter le bon réseau ne serait-ce que pour envoyer une photo illustrant un article.

A vos débuts, avez-vous été confronté au syndrome de la feuille blanche?

Oui tout le monde je crois a eu ce genre de difficulté à un moment.

Mais oui il m’est arrivé de vouloir écrire quelques choses, que je me mette devant l’ordinateur et que c’est difficile. pourquoi ? Généralement c’est parce que je m’impose le sujet, ou que je choisisse un sujet que je n’aime pas beaucoup ou que je ne suis pas très préparé parce que qui dit écriture dit préparation et plan. Et à l’absence d’un plan, souvent on galère.

Donc en résumé oui, j’ai été confronté à cela et comme toute personne qui écrit a été à un moment ou un autre confronté au syndrome de la page blanche.

Il m’est arrivé de vouloir écrire quelques choses, que je me mette devant l’ordinateur et que c’est difficile.

Vous rappelez-vous de votre 1er billet de blog ? Si oui y’a-t-il une anecdote à nous raconter à ce sujet ?

Je me rappelle tout à fait de mon premier billet et c’est d’ailleurs celui-là qui m’avait fait gagner le concours Mondoblog. Le sujet portait sur la divagation des animaux dans la ville de Labé.                                                                                            En fait la ville de Labé pour ceux qui le savent pas, est un ancien village en réalité, donc une ville pastorale habité par des peuls, qui sont par essence des éleveurs de bovins.

Donc la ville de Labé est caractérisée par la présence très marquée des vaches dans le centre ville qui parfois paissent à même la chaussée donc les voitures passent d’un côté et les bœufs de l’autre. Tous les administrateurs de Labé ont été confronté à ce phénomène.

Et donc je comparais un peu cette ville de Labé à une ville indienne où la vache est sacré. Labé la plus indienne des villes guinéennes c’était ça le titre.

Anecdote : J’ai postulé le dernier jour du concours. J’avais eu un déplacement chez moi à Télimélé et le dernier jour du concours j’étais donc absent de Labé et j’ai demandé à un ami de me photographier les vaches dans la rue. J’ai alors postuler en envoyant l’article et la photo, finalement j’ai été retenu par le concours Mondoblog.

Quelles ont été les personnes qui vous ont inspiré et qui continuent de le faire dans ce parcours ?

Il y’a pas mal de gens qui m’ont quand même marqué au cours de ce parcours qui sont des jeunes très talentueux, ils sont nombreux mais il y’a 3 principalement qui me viennent en tête là.

  • C’est David Kpelly qui est Togolais, écrivain, qui vit et travaille à Bamako. C’est quelqu’un qui a une très belle écriture et qui m’a beaucoup inspiré dans mon parcours.
  • Il y’a aussi un Camerounais du nom de Florian Ngimbis qui est très drôle avec un humour acerbe et qui écrit aussi super bien. Il a été aussi lauréat du concours the Bost en 2012.
  • Et aussi Une blogueuse française qui vit à Berlin qui s’appelle Manon avec son blog Génération Berlin, qui écrit aussi super bien avec un style d’écriture très fluide et très imagé.

Ces personnes en particulier m’ont vraiment inspiré lors de ce parcours, je peux citer d’autres bien sûr parce qu’il y’avait vraiment des personnes très talentueuses mais que je ne peux pas toutes les cités ici.

Quels sont les avantages et opportunités que le blogging vous a apporter ?

Énormément d’opportunités et d’avantages. Le fait de bloguer m’a ouvert énormément de portes et m’as permis de faire d’énormes rencontres.

Par exemple David que j’ai cité ci haut, c’est lui qui a préfacé mon livre Ma Guinée Plurielle.

Le blogging c’est aussi une manière de réseauter, de s’ouvrir littéralement aux autres; cela m’a permis également de travailler mon écriture, à m’ouvrir même les portes professionnelles je dirai parce qu’en tant que responsable de communication de l’Union Européenne en Guinée je n’ai pas eu de mal dans la gestion et l’alimentation du site de mon employeur, l’écriture web etc. parce que j’avais déjà les pré requis et donc c’est vraiment un apport inestimable.

Et y a pleins d’autres choses notamment Mon Stage à la RFI, les rencontres, les forums, les connaissances, la professionnalisation… donc tout ça c’est grâce à cette activité de blogging.

Le blogging c’est aussi une manière de réseauter, de s’ouvrir littéralement aux autres…

Comment avez-vous obtenu votre stage à RFI ?

Je voulais être journaliste, c’est un métier que j’aime beaucoup mais vu que je n’avais pas pu le faire à l’université, je me suis dit que je vais l’apprendre sur « le tas » parce que c’est pas une science exacte comme les mathématiques donc tout le monde peut plus ou moins apprendre ce métier.

Donc à la fin de mes études quand je me suis lancé dans le blogging, j’ai commencé à collaborer avec des journaux notamment à Labé avec « le Sanakou» et ensuite à Conakry avec le journal hebdomadaire «Le Défi».

A la fin de l’année 2011, grâce à l’aide d’un ami Ziad Maalouf qui est journaliste à RFI qui anime l’émission Atelier des Médias, on m’a accordé un stage de deux mois où j’ai eu la chance de tisser d’énorme relations avec les journalistes de RFI notamment Olivier Roger, Christoph Bouboivier…

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Logo de la Radio France Internationale. Crédit photo: Wikimedia commons

A la fin de mon stage à RFI je voulais continuer un autre stage. Christoph Bouboivier m’a envoyé au journal Jeune Afrique, malheureusement il ne prenait que des étudiants en situation de classe (ce qui n’était pas mon cas) mais ils ont accepté que je leur propose deux bons articles sur la Guinée. J’ai alors écrit Guinée: Conakry à bout de souffle et Guinée: virtuoses de la débrouillardise qui ont été même publiés sur le site du journal Jeune Afrique.

C’est finalement à Slate Afrique qu’on m’a accordé une période de stage de 2 mois.

Voilà comment du stage initial de deux mois sur RFI (1 mois à la radio dans le service Afrique et un mois auprès de l’émission l’atelier des médias) je me suis retrouvé sur Slate Afrique, qui est un site d’information sur l’actualité Africaines d’une manière générale.

Comment êtes-vous parvenu à payer votre billet de voyage pour la France à l’époque vu votre situation ?

Au début c’était assez compliquer pour avoir les moyens de faire ce voyage de stage. Donc j’ai fait ce qu’on appelle le Crowdfunding qui est un appel à financement participatif.

J’ai lancé mon projet sur une plateforme dédiée à cet effet à l’époque qui s’appelait ulule.com où j’ai décrit mon projet de voyage, dans lequel je demandais aux proches, aux lecteurs de me venir en aide parce que tous les frais (billets de voyage, frais de séjour…) s’élevaient à environ 2500€.

Je n’avais pas pu obtenir gain de cause sur la plateforme pour la simple raison qu’il fallait avoir un compte PayPal (que je n’avais pas) mais le fait d’avoir conçu un projet m’a permis de le « vendre ». C’est ainsi que les compatriotes vivant aux USA ont cotisé à hauteur de 1000$ et un frère qui est en Angola m’a donné également 1000€ comme frais de participation. Voilà ce qui m’a permis d’aller faire mon stage en France.

En 2013, votre blog a été élu meilleur blog francophone par le magazine allemand the Bobs. En plus du chèque, qu’est-ce que vous avez obtenue de cette nomination 😊?

Rires😂. Il n’y a pas eu de chèque, le prix n’était que symbolique.

C’est l’institut français qui à financé mon voyage à Paris, puis à Bonn en Allemagne pour assister à un forum et pour recevoir le prix.

C’était juste une attestation pour dire qu’on faisait partir des lauréats parce qu’on était nombreux, il y’avait le prix du meilleur blog francophone, le prix de la meilleure initiative digitale… Mais c’était juste à titre symbolique pour nous encourager sinon il n’y avait aucun financement derrière .

Mais ce fut une reconnaissance plaisante qui m’avait lancé d’ailleurs parce que beaucoup de médias internationaux et locaux en ont parlé, aussi sur les réseaux sociaux donc ça m’avait énormément aidé en me donnant une grande visibilité et à contribuer à faire connaitre mon blog. C’était ça la vraie récompense.

Pourquoi les réseaux sociaux semblent avoir pris le dessus sur le blogging ?

  • Je continue à blogguer, c’est vrai que c’est plus comme avant pour deux raisons principales :        
  • La première et la plus importante c’est à cause de mon emploi du temps qui deviens de plus en plus serré. Comment concilier travail et blogging de manière régulière et continue ? C’est assez compliqué, et c’est la raison principale.
  • Et la seconde, c’est parce que je blog depuis maintenant 8 ans j’ai beaucoup écris et c’est vrai qu’il reste encore beaucoup à écrire mais il faut aussi laisser la place à la jeune génération.

On a poussé beaucoup de jeunes à embrasser cette activité de blogging et donc il faut aussi leur laisser un peu de place en ligne afin qu’ils s’expriment sur ce qu’ils font à un rythme qui est le leur.                                                                                                     

Donc voilà ces quelques raisons sur le pourquoi je ne suis plus aussi actifs comme avant en tout cas sur mon blog cependant je continue à alimenter régulièrement ma page Facebook parce que c’est facile, c’est de petits textes de quelques lignes, de quelques paragraphes ou d’une page maximum mais pas aussi long que sur un billet de blog. J’écrivais quand même des billets de 2 ou 3 feuilles et cela demande beaucoup de travaux de recherches, de concentrations, d’écritures…

Et peut-être l’autre question qu’il faut se poser c’est est-ce que Facebook n’est pas l’avenir du blogging ???

Parce que maintenant beaucoup de personnes sont très actives sur cette plateforme qui a l’avantage de rapporter beaucoup de lecteurs, vous avez jusqu’à 5000 amis sur un compte normal et c’est donc 5000 potentiels lecteurs. C’est quand même un espace où on peut s’exprimer mais à la différence des blogs où on est accessible par tout le monde, par les moteurs de recherches, par des gens qui ne sont pas forcément dans notre cercle d’amis.

Je pense que le blog a encore sa place même si j’ai l’impression qu’il n’a plus l’aura qu’il a eu avant à cause de la forte concurrence avec les réseaux sociaux. Ces mêmes réseaux concurrencent également aujourd’hui même le journalisme.

Vous avez formé beaucoup de jeunes blogueurs à travers l’Association des blogueurs Guinéens. Vous êtes membres fondateurs de cette association, comment est-elle née ?

ABLOGUI est né de la volonté de Fodé Sanikayi Kouyaté (Président actuel) et moi-même d’accompagnés les jeunes à créer des espaces d’expressions; parce qu’en 2010 nous n’étions que 2 guinéens à être sélectionnés dans ce concours Mondoblog de RFI.

Le terrain était vraiment très désert en matière de blogging en Guinée, ce qui n’était pas le cas dans les pays voisins tels que le Sénégal qui avait beaucoup de blogueurs, la Côte d’Ivoire également, mais aussi le Cameroun etc.… donc nous voulions à l’époque ressembler à ces différents pays et créer un réseau de jeunes blogueurs pour alimenter aussi l’actualités, s’exprimer surtout et puis s’ouvrir au monde et saisir des opportunités.

En 2010, nous (Fodé et moi) n’étions que deux guinéens à être sélectionner dans le concours Mondoblog de RFI

Aujourd’hui je suis très content de voir que les jeunes sont maintenant très ouverts et très actifs. Ils s’expriment beaucoup et sont sortis de l’anonymat. Je sais que beaucoup ont trouvés d’énormes opportunités dans cette activité puisqu’ils voyagent beaucoup, participent à des forums, des ateliers, des rencontres. Certains ont même trouvé du boulot à travers cette activité et c’est une grande fierté pour moi et pour tous ceux qui ont œuvré pour qu’ABLOGUI naisse et grandisse.

L’association a donc été créée en 2011 mais a pris son envergure actuelle que récemment. En 2015 avec la création de projets notamment le projet Guinée vote qui a eu un grand succès jusqu’au-delà de nos frontières mais également beaucoup d’autres projets entre autre Lahidi qui évalue les promesses présidentielles du gouvernement et du président de la république.

Voilà en quelques mots comment est né l’association et comment elle a grandi

Quels sont ces Jeunes blogueurs guinéens de la nouvelle génération qui vous viennent en tête là en ce moment ?

Il y a entre autres : Sally Bilaly Sow, Thierno Diallo, Alfa Diallo, ibrahima Kalil Diakité, Oumou Hawa SOW…. Qui sont tous des mondoblogueurs.

Et c’est tous ces jeunes qui ont quand même pris la relève et qui constitue aujourd’hui le porte flambeau du blogging en Guinée actuellement.

Fort de vos 8 ans de blogging, étant aujourd’hui un professionnel dans ce domaine. Qu’avez-vous à conseiller aux jeunes bloggeurs qui veulent réussir dans ce domaine ?

Le conseil c’est d’abord être passionner parce que c’est une activité qui demande une certaine passion, si vous n’êtes pas passionné ça n’ira pas loin.

Et ensuite être curieux et rigoureux. Vouloir toujours viser l’excellence dans tout ce qu’on fait.

Pour les billets de blogs, on essaie vraiment d’être original. Un blogueur c’est l’originalité, il ne sert à rien de répéter ou de copier ce que les autres font ; on peut s’en inspirer mais pas les copier.

Voilà ces quelques conseils que j’ai pour les personnes qui aspirent à être blogueur ou qui le sont déjà.

Passion, Rigueur, Curiosité et Originalité Sont les clés de voûte pour réussir dans le blogging

En plus de vos activités de blogueur vous êtes aujourd’hui responsable de communication de l’Union Européenne en Guinée, finalement vous vivez toujours votre passion ?

Je continue de bloguer de temps en temps parce que c’est pas incompatible avec ma professsion mais avec un regime plus bas qu’avant à cause de mon emploi de temps. C’est pas le blogging qui me fait vivre mais mon travail de responsable de communication que j’aime bien et il n’y a pas de plus gratifiant que d’être payer pour un travail que vous aimez faire, on peux pas trouver mieux dans la vie.

Vous êtes passé du blog au livre, d’où vous est venu cette idée ?

Est-ce que l’idée m’est venue de passer du blog au livre ? Je ne dirai pas spécifiquement OUI parce que j’ai été plutôt pousser par mes lecteurs qui me disaient d’écrire un livre (parce qu’il y a des personnes qui me pensent capable de le faire) ou de sélectionner certains de mes articles de blogs pour faire un livre.

Ce qui fut fait en 2017 à la faveur de Conakry Capitale Mondiale du livre, j’ai été donc conseiller et un peu pousser à faire cela, particulièrement de la part de Asmaou Barry présidente de l’APAC (Association des Professionnelles Africaines de Communication), qui m’a d’ailleurs aider à la sélection des articles.

Finalement j’ai travaillé dur dessus pour sélectionner une cinquantaine d’articles que la maison Harmattan Guinée a bien voulu publier dans un livre qui porte le nom du blog : Ma Guinée plurielle, chroniques d’une Guinée ineffable à partir d’un blog.

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Et vous comptez sortir d’autres livres ou vous allez vous arrêter là ?

Non ça ne s’arrête pas là. J’ai gagné récemment le 1er prix littéraire William Saisine organisé par le CIRD (Centre International de Recherche et de Documentation).

C’est une motivation pour moi de plutôt continuer donc je n’exclus pas de travailler sur un autre livre, soit un recueil de nouvelles ou un petit roman. De toutes les façons je vais continuer d’écrire et ça dépendra maintenant du format à adopter c’est à dire si je vais me lancer dans la littérature ou si je vais me limiter à ce que je suis en train de faire actuellement : l’écriture informelle. Je n’ai pas encore décidé de sauter le pas.

D’ailleurs le texte qui a été primé 1er prix littéraire William Saisine n’est pas disponible jusque-là. Est-ce qu’il y a une raison ?

Oui la raison ce que « les éditions Gandal » ont demandé que l’on laisse le livre apparaitre d’abord et ensuite on verra comment est-ce qu’il faudra partager le texte.

C’est la seule raison sinon le texte est là mais le livre est en train d’être éditer et il sera probablement disponible à la rentrée scolaire prochaine.

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Alimou Sow en pleine interview avec un journaliste de RFI. Crédit photo: Alimou Sow via son profil Facebook

Yeguelin, comment le projet est-il né ?

Alors il faut rappeler que Yeguelin est un village qui se trouve dans le district de Sintchiouroun, qui lui-même se trouve dans la commune rurale de Yembering donc dans la préfecture de Mali.

« Ce projet » c’est une école qui a été financé de manière spontanée.

Pour la petite histoire, nous nous rendions à Mali en février 2017 et nous avons aperçu un petit hangar au bord de la route qui servait de salle de classe à une centaine d’élèves.

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Février 2017 là où tout à commencer. Crédit photo: Alimou Sow via son profil Facebook

Ils (l’enseignant et quelques parents d’élèves) nous ont demandé de l’aide. Moi n’ayant pas des fonds pour financer la réhabilitation de l’école, j’ai alors pris des photos que j’ai posté sur ma page Facebook.

J’ai fixé un objectif de 1000€ pour finir le hangar c’est dire dallé et puis changer les tables bancs. Finalement au bout de 2 semaines on a pu non seulement mobiliser la somme et même dépasser cet objectif.

Comment s’est déroulé le processus de collecte ?

La collecte a été faite à travers les moyens locaux c’est à dire les transferts de crédits (Mobile Money, orange money), ensuite les réseaux de transferts d’argent (western union, Money gram…).

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J’ai mis un système en place que j’ai communiqué sur les réseaux sociaux pour expliquer à ceux qui veulent contribuer comment le faire. Et donc il y a eu plusieurs contributions de la part des locaux ici à Conakry, des gens de la Diaspora… et finalement on a pu réunir suffisamment d’argent aux alentours de 3000€ pour construire une nouvelle salle de classe, l’équiper avec des tables bancs et construire deux blocs de latrines.

L’école a été inauguré le 30 septembre dernier et les élèves continuent d’étudier dans de meilleures conditions.

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30 Septembre 2017 Jour d’inauguration de l’école Alimou Sow de Yeguelin. Crédit photo: Alimou Sow via son profil Facebook

Quelle fut la participation de la compagnie de téléphonie Orange Guinée dans ce projet ?

Un volontaire de la fondation Orange GN m’a contacté pour me dire qu’à la fin des travaux qu’il serait possible d’intégrer cette école dans leur projet qu’on appelle « les écoles numériques » de la fondation.

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Les kits de Tablettes numériques offerts à l’école de Yeguelin par la Fondation Orange Guinée. Crédit photo: Alimou Sow via son profil Facebook

Ce qui donc a été fait, l’école a été introduite dans ce projet et à bénéficier d’un appui. La fondation a offert donc 2 kits de 50 tablettes accompagnés de leurs accessoires.

Les tablettes contiennent des livres didactiques en grandes quantités et moi j’ai également participé en offrant un groupe électrogène pour alimenter le matériel informatique.

C’était un peu le couronnement du projet de construction de l’école.

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Hier Yeguelin était un projet et aujourd’hui c’est une réalité. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

C’est une très grande fierté et un honneur d’ailleurs. Cela m’a permis de constater que la solidarité n’est pas morte. C’est seulement que les gens sont un peu déçu des gouvernants pour leur confier de l’argent parce que ceux qui ont contribué au financement de ce projet sont des inconnus pour la plus part.

Il y’avait des gens que je ne connaissais pas du tout mais qui ont juste vu cet appel et comme ils ont confiance en moi parce qu’ils me lisent depuis longtemps ou parce qu’on a sympathisé à travers les réseaux sociaux… etc ont contribué en donnant de leur argent et finalement on a pu réaliser cette école et offrir ce bonheur à ses enfants.

C’est pourquoi lors de mon discours d’inauguration de cette école, j’ai fait le parallèle entre la situation dans laquelle j’ai trouvé ces élèves dans ce hangar et ma propre situation quand nous étions des écoliers dans ce magasin poussiéreux.

Il y a une similitude entre les deux situations : ma situation d’écolier, de villageois, dans de conditions de travail très difficiles et la situation de ces élèves. C’était un effet de miroir pour moi où je me revoyais à travers le regard de ses jeunes écoliers.

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L’école de Yeguelin Avant/Après.

Tout le monde a apprécié cette initiative. Est-ce qu’il y’aura d’autres « Yeguelin » ?

C’est tout mon espoir, mais comme je l’ai dit c’était vraiment spontané, quelques choses qui venu comme ça.

Donc oui si l’occasion se représente je n’hésiterai pas du tout un seul instant de lancer la même action en faveur d’une autre école ou d’un dispensaire ou d’un forage ou de n’importe quoi d’autres qui sera d’intérêt commun et pour la communauté locale parce que les guinéens de l’intérieur du pays souffrent beaucoup et ça fait vraiment plaisir de voir qu’on peut à travers les réseaux sociaux changer positivement la vie de centaines de jeunes écoliers villageois en leur permettant d’avoir des infrastructures dans lesquelles ils étudient dans la dignité.

Et d’ailleurs Accessoirement il y’ a eu un autre « Yeguelin ». Avec des amis on a été à Tayaki qui est un village du quartier de Kobaya dans la commune de Ratoma.

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La Plage de Tayaki. Crédit Photo: Alimou Sow via Son blog Ma Guinée Plurielle

A mon retour j’ai écrit un billet sur Tayaki qui a été publier sur mon blog et qui a été lu et largement partager et finalement une association d’étudiants guinéens vivant en France a repéré cet article et s’en sont inspirer pour monter un projet d’une hauteur de 26000€ pour construire une école à Tayaki. Pour moi, c’est un Yeguelin de plus

Vous êtes aujourd’hui une référence dans la blogosphère francophone en générale et guinéenne en particulier ; qu’est-ce que cela vous fait lorsque des personnes de tout âge surtout des jeunes vous écrivent ou vous interpellent dans la rue en disant que vous êtes un modèle pour eux ?

Cela me surprend autant que ça me fait plaisir que des gens me reconnaissent dans la rue et me demande est-ce que c’est moi Alimou SOW, nous aimons ce que vous faites, vous écrivez bien etc.…

Je suis parfois surpris et étonné parce que je ne me considère pas du tout comme un modèle quelconque, je suis un guinéen comme tu le monde qui essaie de tracer son petit chemin.

Mais ça arrive très régulièrement quand même, pas plus tard qu’hier j’étais sorti m’acheter de l’atiéké dans le quartier et il y a quelqu’un qui m’a reconnu là-bas et m’a dit qu’il me suivait régulièrement sur les réseaux sociaux et qu’il aimait vraiment ce que je fais.

C’est à la fois curieux, surprenant et gratifiant pour moi. Ça ne me gonfle absolument pas, cela me fait plutôt plaisir que des gens reconnaissent ce que je fais et l’apprécient à sa juste valeur.

Vous avez un bon boulot, une bonne famille, un bon carnet d’adresse. Est-ce que vous êtes fier de ce que vous êtes devenu aujourd’hui ?

Indubitablement !!! Je suis très fier de mon parcours parce que comme vous l’avez vu je suis parti du néant.

Je suis le premier de mon village à avoir accéder à l’université. De ma famille, je suis le seul à avoir atteint l’université.

Je suis aussi issu d’une famille très modeste, des parents qui vivent au village et qui ne faisaient que l’agriculture.

Mon parcours est certes modeste mais quand je regarde dans le rétroviseur et je vois d’où je viens, je ne peux être que fier et remercier mes parents, remercier tous ceux qui de près ou de loin m’ont aidé parce que j’ai été sans doute aider par des gens dans mon parcours pour me permettre d’être là je suis actuellement.

Et je remercie au-delà de tout ceux-ci, le bon Dieu qui m’a donné la santé, ce courage, cette énergie pour arriver là où je suis.

Quels sont les défis qui vous attendent dans le futur ?

Chaque jour est une vie, chaque jour aussi constitue un défi dans la vie de quelqu’un qui est ambitieux.

Moi je suis ambitieux, je voudrai donc continuer à me performer, faire d’avantage pour moi, pour ma famille et pour mon pays.

J’aime mon pays, et le défi serait de faire plus que ce que j’ai fait parce que c’est vraiment minime par rapport à ce que je devrai ou pourrais faire pour moi-même, pour mon village, pour mon Pays. Nous devons tous nous entraider pour sortir de la pauvreté.

Votre mot de la fin

C’est d’encourager les jeunes guinéens qui ont énormément de talents à travailler pour eux, pour leur famille et pour leur pays.

Il faut qu’ils apprennent à compter sur eux même pour réussir, il ne sert à rien de dire que j’ai une grande sœur ou un grand frère ou même un papa ou X ou Y qui va faire ceux-ci ou cela pour moi.

L’expérience a montré que ça peut fonctionner un moment mais pas tout le temps parce que vous êtes appelé à grandir, à fonder une famille et à manger le fruit de son propre travail c’est-à-dire vivre à la sueur de son front. Et cette réussite ne passe que par la formation d’abord.

Et enfin je vous remercie pour le choix porté sur ma modeste personne.

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Lors de l’entretien avec le blogueur Alimou Sow (à gauche) et O.Telly Sow (à droite).              Crédit photo: Guinéen Humble

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Un commentaire sur “Alimou Sow, A la croisée d’une passion et d’un parcours inédit

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